Œuvres
Carré noir (1915)
Regarder la version de 1915 dans une reproduction exacte, puis comprendre son cartel, son accrochage, sa matérialité et ses autres versions.

Kasimir Malevitch, Carré noir, 1915.
- Artiste
- Kasimir Malevitch
- Date de l’œuvre
- 1915
- Institution
- Galerie Tretiakov, Moscou
- Attribution
- Kasimir Malevitch, Carré noir, 1915, Galerie Tretiakov, via Wikimedia Commons.
- Statut des droits
- PDM
Cartel de la version de 1915
| Repère | Information contrôlée |
|---|---|
| Artiste | Kasimir Malevitch |
| Titre usuel | Carré noir ou Carré suprématiste noir |
| Date | 1915 |
| Technique | Huile sur toile de lin |
| Dimensions | 79,5 × 79,5 cm |
| Conservation | Galerie nationale Tretiakov, Moscou |
La notice de la Galerie Tretiakov donne les dimensions de 79,5 × 79,5 cm. Le projet de numérisation mené par Factum Foundation avec le musée identifie cette peinture comme la première version, datée de 1915. Ces précisions sont indispensables : Malevitch a repris le motif plusieurs fois, et une image légendée seulement « Carré noir » peut représenter une autre version.
Ce que l’on voit — et ce qu’une reproduction simplifie
La composition oppose une forme sombre presque carrée à un fond clair. Sur une vignette, elle peut sembler parfaitement régulière et uniformément noire. L’objet conservé est plus complexe : la surface a vieilli et présente un réseau de craquelures que les équipes de la Galerie Tretiakov et de Factum Foundation ont enregistré en couleur et en relief. Une reproduction réduite transmet donc l’opposition générale, mais elle efface une partie de la matérialité du tableau.
Décrire l’œuvre comme « un carré noir » n’est que le début de l’observation. La forme n’est pas une figure mathématique posée par un logiciel : ses bords, son épaisseur peinte, son rapport au fond et son état actuel agissent sur la perception. Le contraste paraît maximal, mais la surface n’est pas un signe imprimé. Cette différence entre l’idée simple et l’objet matériel explique pourquoi l’examen technique compte autant que l’iconographie.
Pourquoi les dates 1913 et 1915 circulent-elles ?
Tate distingue deux étapes. En 1913, le motif du carré apparaît dans le contexte du projet scénique pour l’opéra futuriste Victoire sur le soleil. La première toile est, elle, probablement réalisée en 1915. Malevitch a pu dater la peinture de 1913 pour rattacher l’œuvre à l’émergence de l’idée. Afficher les deux années sans explication donne l’impression d’une erreur ; les replacer dans leur fonction respective montre le passage d’un motif scénique à un tableau autonome.
L’infographie en tête de page sépare donc trois temps : le projet de 1913, la toile exposée en 1915 et la version de 1929. Il ne s’agit pas d’une reproduction du tableau. Le schéma sert seulement à éviter que la date du motif, la date de la première toile et celle d’une version ultérieure soient confondues.
L’exposition 0.10 : une place qui transforme le tableau
En décembre 1915, le Carré noir est présenté à l’exposition 0.10 à Petrograd. Il est accroché en hauteur, dans l’angle formé par deux murs. Tate rapproche cette position de celle traditionnellement réservée à une icône dans un intérieur russe. Le tableau n’imite pas une image religieuse ; son emplacement lui donne néanmoins un statut particulier et le distingue des œuvres simplement alignées sur les cimaises.
Ce contexte modifie la lecture. Vue isolément sur un écran, la peinture peut passer pour une réduction extrême de l’image. Replacée dans la salle, elle fonctionne aussi comme une déclaration : elle occupe un lieu chargé et annonce un nouveau langage. L’histoire de l’accrochage n’ajoute pas un décor anecdotique autour de l’œuvre ; elle aide à comprendre la manière dont Malevitch voulait la faire apparaître au public.
Sous la surface : une œuvre antérieure
Les examens aux rayons X ont révélé une composition antérieure sous la couche visible de la version de 1915. Factum Foundation explique que les données infrarouges, radiographiques, colorimétriques et tridimensionnelles peuvent être comparées dans une archive stratifiée. Les couleurs perceptibles à travers certaines fissures et l’image radiographique montrent que la surface noire recouvre une histoire matérielle.
Cette information change la question posée au tableau. La surface ne vient pas d’un support vide sur lequel une idée aurait été appliquée d’un seul geste. Elle résulte d’une transformation et d’un recouvrement. Il serait excessif d’en déduire automatiquement l’intention exacte de l’artiste ; l’imagerie scientifique établit la présence de couches antérieures, tandis que leur interprétation demande d’autres sources.
Une œuvre, plusieurs Carrés noirs
Factum Foundation a enregistré deux versions conservées par la Galerie Tretiakov : celles de 1915 et de 1929. La seconde a été peinte pour une rétrospective organisée en 1929, alors que la première montrait déjà des signes de vieillissement. Les deux objets n’ont donc ni la même date, ni exactement la même surface, ni la même histoire d’exposition.
Cette distinction est une règle éditoriale du site. Une reproduction doit être reliée à une version précise, avec sa date, son institution et son fichier source. Le simple fait qu’une œuvre soit célèbre ou qu’elle paraisse sur plusieurs sites ne suffit pas à identifier correctement l’objet représenté.
Pourquoi ce carré a-t-il compté ?
L’importance du tableau ne vient pas de la difficulté à tracer une forme quadrangulaire. Elle tient au moment, au contexte et à la fonction que Malevitch lui donne. En 1915, l’œuvre participe à la présentation publique du suprématisme et occupe dans la salle une position singulière. Elle demande au regardeur d’accepter qu’une peinture puisse se construire sans décrire une scène reconnaissable.
Pour la regarder aujourd’hui, trois niveaux peuvent être séparés. D’abord la composition : forme, fond, proportion et contraste. Ensuite l’objet : peinture, toile, craquelures et couches sous-jacentes. Enfin le contexte : projet scénique, exposition 0.10, versions et conservation. Aucun de ces niveaux ne suffit seul ; ensemble, ils empêchent de réduire l’œuvre à une icône plate reproduite à l’infini.
Reproduction et droits
La page Wikimedia Commons du fichier publié identifie une reproduction fidèle de la version de 1915, indique la Galerie Tretiakov comme provenance et porte une déclaration Public Domain Mark. Le fichier a été contrôlé puis converti localement en formats WebP et AVIF responsives. Son cartel conserve un lien vers la page source et le statut des droits ; l’infographie originale reste affichée séparément pour distinguer 1913, 1915 et 1929.
Références
- Galerie Tretiakov — Black Suprematist Square, 1915, dimensions et conservation.
- Factum Foundation — Malevich’s Black Square, état matériel, numérisation et versions de 1915 et 1929.
- Tate — Five ways to look at Malevich’s Black Square, chronologie du motif et contexte de présentation.
- Tate — Suprematism, définition et exposition du mouvement.
- Wikimedia Commons — fichier de la version de 1915, métadonnées du fichier et déclaration PD-Art consultée.
Trois temps à ne pas confondre : le motif de 1913, la toile exposée en 1915 et la version peinte pour la rétrospective de 1929.
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