Artistes
Kasimir Malevitch
Un parcours visuel en dix œuvres, des figures paysannes aux plans blancs, accompagné d’un portrait et d’une infographie originale.
- Vie
- 1878/1879–1935
- Suprématisme
- Présentation publique en 1915
- Séquence visuelle
- 1911–1918
- Œuvres étudiées
- 10 fiches illustrées
Portrait photographique

Portrait photographique de Kasimir Malevitch, 1910-1911 ; auteur inconnu, droits photographiques vérifiés séparément.
- Photographe
- Auteur inconnu
- Date de la photographie
- 1910-1911
- Institution
- Wikimedia Commons
- Attribution
- Auteur inconnu, portrait de Kasimir Malevitch (1910-1911), via Wikimedia Commons.
- Statut des droits
- PDM
Repères biographiques : pourquoi 1878 et 1879 coexistent
Kasimir Malevitch est un artiste né en Ukraine et actif dans l’Empire russe puis en Union soviétique. Les notices de deux grands musées ne donnent pas exactement la même année de naissance : le Museum of Modern Art affiche « 1878–1935 », tandis que Tate indique « 1879–1935 ». Plutôt que de masquer cet écart, la fiche le rend visible sous la forme 1878/1879–1935. Ce choix éditorial rappelle qu’une date biographique apparemment élémentaire peut dépendre des conventions retenues par les institutions et qu’il vaut mieux signaler une divergence que fabriquer une certitude.
Le catalogue du MoMA permet surtout de replacer Malevitch dans une trajectoire plus longue que l’image du seul Carré noir. On y trouve des œuvres de 1912–1913 où des figures et des objets restent reconnaissables, puis des compositions suprématistes datées de 1915 à 1918. Cette succession ne résume pas toute sa carrière, mais elle donne au lecteur un premier fil : la géométrie radicale n’apparaît pas comme une formule isolée ; elle prend place après d’autres recherches sur la fragmentation, le mouvement et la construction de la surface.
Avant le suprématisme : regarder la transformation
Comparer les titres et les dates du catalogue est instructif. Woman with Pails: Dynamic Arrangement (1912–1913) et Samovar (1913) conservent un lien avec des figures ou des objets. À partir de 1915, des titres comme Suprematist Composition: Airplane Flying ou Painterly Realism of a Boy with a Knapsack – Color Masses in the Fourth Dimension accompagnent des œuvres dans lesquelles les masses colorées et les rapports entre formes prennent une autonomie nouvelle. Le titre peut encore évoquer le monde, tandis que l’image cesse d’en proposer une description ordinaire.
Cette évolution évite une lecture trop simple du type « avant, il représentait ; après, il ne représentait plus ». Les étapes se chevauchent. Une forme géométrique peut porter la mémoire d’un objet, d’un mouvement ou d’un espace sans le dessiner. Inversement, une composition apparemment non figurative n’est pas dépourvue de décisions : chaque inclinaison, chaque intervalle et chaque contraste construit une manière de faire circuler le regard.
Nommer un nouveau langage
Malevitch donne le nom de suprématisme au langage de formes et de couleurs qu’il développe dans les années 1910. Le terme ne désigne donc pas toute abstraction géométrique. Il renvoie à une recherche située, à un vocabulaire visuel et à la manière dont l’artiste entend donner une existence propre à la forme non figurative. Carrés, rectangles, lignes et cercles ne sont pas seulement des motifs faciles à reconnaître : leur taille, leur poids, leur couleur et leur orientation organisent un espace qui n’imite plus une scène.
La réduction des moyens rend les écarts plus sensibles. Un rectangle incliné paraît mobile parce qu’il ne s’aligne ni sur le bord du support ni sur une grille stable. Une petite forme rouge peut attirer davantage l’œil qu’une grande surface pâle. Un fond clair cesse d’être un vide à remplir et devient une distance active. Lire Malevitch consiste ainsi moins à chercher un symbole caché qu’à observer comment quelques éléments produisent équilibre, flottement ou tension.
1915 : le mouvement devient public
L’année 1915 constitue un repère décisif pour le suprématisme et pour la présentation du Carré noir. Tate distingue l’apparition du motif carré dans un projet scénique de 1913 de la toile probablement peinte puis exposée en 1915. Cette chronologie explique pourquoi les deux dates circulent. Une idée visuelle peut naître dans le décor d’un opéra avant de devenir peinture autonome et emblème d’un mouvement.
Le Carré noir ne doit pourtant pas absorber toute l’œuvre de Malevitch. Tate indique que l’artiste en a peint quatre versions. Parler « du » tableau sans préciser la date peut donc créer une confusion entre des objets distincts. La fiche consacrée à l’œuvre se concentre sur la version de 1915, son accrochage, son état matériel et la version réalisée pour la rétrospective de 1929. La présente page conserve un autre rôle : suivre les changements de la démarche de l’artiste.
Du contraste maximal à Blanc sur blanc
La sélection du MoMA conduit jusqu’à Suprematist Composition: White on White de 1918. Entre les compositions colorées de 1915–1917 et cette œuvre, le contraste se resserre. Une forme claire se détache faiblement d’un fond clair ; l’œil doit prendre plus de temps pour percevoir l’inclinaison et la limite. Cette étape montre que le suprématisme n’est pas une recette fondée sur le noir, le rouge et quelques formes franches. Le langage peut aussi explorer la proximité des tons et la presque-disparition de la figure.
La frise originale placée en tête de page ne reproduit aucune œuvre. Elle traduit seulement trois repères visibles dans le catalogue : des constructions encore figuratives vers 1912–1913, des compositions suprématistes colorées entre 1915 et 1917, puis la réduction du contraste en 1918. Ce type de média permet d’expliquer une évolution sans transformer une chronologie en pastiche d’œuvres existantes.
Dix œuvres pour voir la transformation
La galerie commence par deux scènes rurales qui empêchent de réduire Malevitch au seul carré. Dans Femme paysanne aux seaux et enfant (1911–1912), les corps lourds occupent presque tout le champ ; le paysage est repoussé vers les bords. Matin au village après la tempête de neige (1912) conserve maisons, arbres et figures, mais les reconstruit en volumes facettés. La géométrie ne supprime pas encore le sujet : elle change sa manière d’habiter la surface.
Avec Vache et violon (1913–1914), deux objets d’échelles incompatibles se superposent devant un espace morcelé. Un Anglais à Moscou (1914) densifie encore cette logique : poisson, lettres, échelle, sabre, bougie et fragments de figure se chevauchent sans point de vue stable. Ces œuvres ne sont pas des étapes maladroites avant la « vraie » abstraction. Elles montrent que Malevitch expérimente d’abord la collision, la discontinuité et le montage.
Le Carré noir de 1915 introduit une autre relation entre forme et fond. La reproduction exacte publiée ici montre aussi ce que les pictogrammes scolaires effacent : la forme n’est ni parfaitement régulière ni uniformément noire, et la surface présente aujourd’hui un réseau visible de craquelures. Sa fiche dédiée distingue la version Tretiakov de 1915 des autres versions et replace l’objet dans l’exposition 0.10.
Trois compositions de 1915–1916 permettent ensuite de comparer plusieurs organisations suprématistes. Dans Réalisme pictural d’un joueur de football, un grand quadrilatère sombre flotte au-dessus d’un petit groupe de masses colorées. La Composition suprématiste au jaune, orange et vert rassemble de larges plans superposés, traversés de verticales noires. La Composition suprématiste de 1916 disperse davantage les éléments : écart, orientation et différence d’échelle remplacent le sujet comme principe de lecture.
Les deux dernières œuvres resserrent les contrastes. Plans blancs en dissolution (1917–1918) superpose des surfaces presque blanches que quelques lignes et écarts de tonalité rendent perceptibles. Blanc sur blanc (1918) concentre le problème dans un quadrilatère incliné, légèrement plus froid que le champ qui l’entoure. La forme ne disparaît pas ; le regard doit simplement ralentir pour la reconstruire.
Cette séquence n’est pas présentée comme une course vers le vide. Elle fait apparaître quatre problèmes successifs : simplifier la figure, faire entrer les objets en collision, distribuer des masses autonomes, puis réduire le contraste sans supprimer la tension. Chaque image ouvre une fiche avec son cartel, sa source, ses droits et une analyse centrée sur ce qui est effectivement visible.
Comment regarder une œuvre de Malevitch
Commencez par le support : carré, rectangle vertical ou horizontal. Repérez ensuite les formes et leurs directions. Sont-elles parallèles aux bords, inclinées ou en rotation ? Observez les intervalles : une forme touche-t-elle presque une autre, ou paraît-elle isolée dans une grande étendue claire ? Enfin, comparez les poids visuels. Une petite couleur saturée peut équilibrer une masse sombre plus grande.
Cette méthode reste descriptive. Elle n’attribue pas automatiquement une signification psychologique ou politique à chaque couleur. Pour aller plus loin, elle doit être rapprochée des textes, des expositions et du contexte documenté par les institutions. L’intérêt du maillage du site est précisément de séparer les niveaux : la fiche mouvement définit le suprématisme, la fiche œuvre analyse le Carré noir, et le guide « Géométrie et grille » fournit des outils d’observation réutilisables.
Sources
- MoMA — Kazimir Malevich, dates affichées et séquence des œuvres en ligne.
- Tate — Kazimir Malevich, notice artiste et convention de date.
- Tate — Suprematism, définition du mouvement et vocabulaire visuel.
- Tate — Five ways to look at Malevich’s Black Square, versions et chronologie du motif.
- Commons — Portrait de Malevitch, vers 1910–1911, photographie du domaine public.
- Commons — Femme paysanne aux seaux et enfant, fichier PDM.
- Commons — Matin au village après la tempête de neige, fichier PDM.
- Commons — Vache et violon, fichier PDM.
- Commons — Un Anglais à Moscou, photographie CC BY-SA 4.0.
- Commons — Carré noir, version de 1915, fichier PDM.
- Commons — Réalisme pictural d’un joueur de football, fichier PDM.
- Commons — Composition suprématiste au jaune, orange et vert, photographie CC BY-SA 4.0.
- Commons — Composition suprématiste, 1916, fichier PDM.
- Commons — Plans blancs en dissolution, photographie CC BY-SA 4.0.
- Commons — Blanc sur blanc, fichier PDM.
Quatre repères visuels pour comparer les transformations du parcours de Malevitch sans reproduire ses œuvres.
- Création
- Rédaction Art Abstrait
- Date de création
- Date non documentée
- Institution
- Institution non applicable — création éditoriale originale
- Attribution
- Infographie originale — Rédaction Art Abstrait
- Statut des droits
- ORIGINAL-EDITORIAL
Voir la page source · Droits : ORIGINAL-EDITORIAL — politique du site
Œuvres pour comprendre son évolution

Kasimir Malevitch, Femme paysanne aux seaux et enfant, 1911-1912.
- Artiste
- Kasimir Malevitch
- Date de l’œuvre
- 1911-1912
- Institution
- Stedelijk Museum Amsterdam
- Attribution
- Kasimir Malevitch, Femme paysanne aux seaux et enfant, 1911-1912, via Wikimedia Commons.
- Statut des droits
- PDM

Kasimir Malevitch, Matin au village après la tempête de neige, 1912.
- Artiste
- Kasimir Malevitch
- Date de l’œuvre
- 1912
- Institution
- Solomon R. Guggenheim Museum
- Attribution
- Kasimir Malevitch, Matin au village après la tempête de neige, 1912, via Wikimedia Commons.
- Statut des droits
- PDM

Kasimir Malevitch, Vache et violon, 1913-1914.
- Artiste
- Kasimir Malevitch
- Date de l’œuvre
- 1913-1914
- Institution
- Musée Russe, Saint-Pétersbourg
- Attribution
- Kasimir Malevitch, Vache et violon, 1913-1914, via Wikimedia Commons.
- Statut des droits
- PDM

Kasimir Malevitch, Un Anglais à Moscou, 1914.
- Artiste
- Kasimir Malevitch
- Date de l’œuvre
- 1914
- Institution
- Stedelijk Museum Amsterdam
- Attribution
- Kasimir Malevitch, Un Anglais à Moscou, 1914 ; photographie Txllxt TxllxT, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.
- Statut des droits
- CC-BY-SA

Kasimir Malevitch, Carré noir, 1915.
- Artiste
- Kasimir Malevitch
- Date de l’œuvre
- 1915
- Institution
- Galerie Tretiakov, Moscou
- Attribution
- Kasimir Malevitch, Carré noir, 1915, Galerie Tretiakov, via Wikimedia Commons.
- Statut des droits
- PDM

Kasimir Malevitch, Réalisme pictural d’un joueur de football, 1915.
- Artiste
- Kasimir Malevitch
- Date de l’œuvre
- 1915
- Institution
- The Museum of Modern Art
- Attribution
- Kasimir Malevitch, Réalisme pictural d’un joueur de football, 1915, via Wikimedia Commons.
- Statut des droits
- PDM

Kasimir Malevitch, Composition suprématiste au jaune, orange et vert, 1915-1916.
- Artiste
- Kasimir Malevitch
- Date de l’œuvre
- 1915-1916
- Institution
- Stedelijk Museum Amsterdam
- Attribution
- Kasimir Malevitch, Composition suprématiste au jaune, orange et vert, 1915-1916 ; photographie Txllxt TxllxT, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.
- Statut des droits
- CC-BY-SA

Kasimir Malevitch, Suprematist Composition, 1916 ; reproduction fidèle contrôlée depuis la page Commons exacte.
- Artiste
- Kasimir Malevitch
- Date de l’œuvre
- 1916
- Institution
- Wikimedia Commons
- Attribution
- Kasimir Malevitch, Suprematist Composition (1916), via Wikimedia Commons.
- Statut des droits
- PDM

Kasimir Malevitch, Plans blancs en dissolution, 1917-1918.
- Artiste
- Kasimir Malevitch
- Date de l’œuvre
- 1917-1918
- Institution
- Stedelijk Museum Amsterdam
- Attribution
- Kasimir Malevitch, Plans blancs en dissolution, 1917-1918 ; photographie Txllxt TxllxT, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.
- Statut des droits
- CC-BY-SA

Kasimir Malevitch, White on White, 1918 ; reproduction fidèle vérifiée.
- Artiste
- Kasimir Malevitch
- Date de l’œuvre
- 1918
- Institution
- Wikimedia Commons
- Attribution
- Kasimir Malevitch, White on White (1918), via Wikimedia Commons.
- Statut des droits
- PDM